Oui, Chéréphon ; c’est ce que je déclarais tout-à-l’heure, et j’ajoute que depuis bien des années personne ne m’a proposé aucune question qui me fût nouvelle. La paideia grecque doit-elle se fonder en dernière analyse sur un art de parler ou sur un art de penser? J’appelle [ b ] flatterie le genre auquel cette profession se rapporte. La réponse à ces questions détermine une vie heureuse ou une vie malheureuse. Or, celui qui punit est agent et celui qui est puni est patient. Ce que l’opinion est à la science, la rhétorique l’est à la philosophie. L’argumentation nous semble donc fallacieuse d’un point de vue relatif.

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En effet, l’état de santé n’existe pas simultanément avec l’état de maladie: N’est-ce point parce qu’il y a d’autres peintres qui peignent aussi des animaux? Je ne suis point du nombre des politiques, Polus ; et l’an passé le sort m’ayant fait sénateur, lorsque ma tribu présida à son tour aux assemblées du peuple, et qu’il me fallut recueillir les suffrages, [ a ] je me rendis ridicule, parce que je ne savais comment m’y prendre. Pour Socrate il faut distinguer entre les plaisirs bons et les plaisirs mauvais, bref entre le plaisir et le bien. Il est évident qu’ils veulent la santé, [ d ] en vue de laquelle ils prennent la médecine.

Revue Philosophique de Louvain. L’examen de l’opposition épistémolo- gique entre la pisteutikè et la didaskalikè dans le Gorgias 2 semble bien, à l’intérieur des limites de ce dialogue, confirmer les vues du savant platonisant français.

Platob Socrate platonicien, d’abord attentif à définir devant Gorgias la nature de la rhétorique, révèle progressivement gorgis dimension morale du problème dans les rapports nombreux qu’il s’applique à établir plato part, entre la rhétorique, l’injustice, la vie malheureuse, le plaisir et l’opinion, d’autre part, entre la philosophie, la justice, la vie heureuse, le bien et la science.

Le Gorgias nous apparaîtra dès lors constiuit sur une double structure: Cette double structure donne lieu aux rapports analogiques suivants:. L’étude de ces rapports nous p,aton à mieux saisir ce que nous appelons la problématique morale de l’opinion. Mais auparavant, il nous faut dire un mot sur l’unité du dialogue.

La diversité des themes aussi bien que la présence de cette double structure ne doit pas nous faire perdre de vue l’unité fondamentale du dialogue. Songeons que Platon l’a écrit avant la fondation de l’Académie. Le Gorgias est sans doute l’écho de cette lutte qui a dû se livrer dans l’âme de Platon, avant la fondation de l’Académie.

Faisant la genèse de ses convictions politiques, Platon écrit dans le passage autobiographique de la Lettre VII: Désabusé par la tournure des événements politiques, Platon fonde l’Académie.

Ce geste était, selon le passage de la Lettre VII, l’aboutissement d’un long débat intérieur 5. Le Gorgias nous apparaît avant tout platin une transposition, au niveau philosophique, de ce long débat intérieur. Le mouvement du dialogue, la place importante accordée au monologue, le ton passionné, voire même lyrique de certains passages, les rappels successifs du procès de Olaton, qui a profondément marqué la vie et l’orientation de Platon, sont autant d’indices que Platon est en train de nous transmettre ses convictions personnelles les plus intimes.

Or, quel est exactement l’enjeu du débat? A plusieurs reprises, sous des formules différentes, Socrate le souligne dans le dialogue. La perspective fondamentale se trouve suggérée par Socrate lorsqu’il s’adresse à Calliclès en ces termes: Le rrcàj jSiwreov semble bien être la notion-clef qui permet de relier ensemble tous les thèmes du dialogue. Dès lors, on ne s’étonne pas que cette question centrale soit rappelée par Socrate aux trois interlocuteurs principaux du dialogue.

gorgias de platon

Gorgias se fait le défenseur de la rhétorique, mais Socrate lui rappelle que le problème discuté va beaucoup plus loin qu’il ne le pense: C’est que le problème de la rhétorique n’est qu’un aspect d’un problème plus profond qui est celui du bonheur et d’un choix de vie. Socrate le dit explicitement au fougueux Polos: Elle se résume, en effet, en ceci: Le problème de la rhétorique s’ouvre donc sur un problème moral fondamental: Il s’agit de savoir quel genre de vie nous devons adopter: Ces rappels successifs au cours du dialogue révèlent l’enjeu du débat engagé par Socrate, enjeu que ne semblent pas saisir toujours clairement ses interlocuteurs.

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Il s’agit d’un choix entre deux genres de vie: C’est ainsi que devait se présenter le problème personnel de Platon avant la fondation de l’Académie. Le Gorgias ne serait-il pas la justification de son propre choix? Quoi qu’il en soit, c’est à l’intérieur de ce choix que se situe une problématique morale de l’opinion.

Pour dégager cette problématique nous étudierons les rapports entre a la rhétorique et l’opinion b l’injustice et l’opinion c le plaisir et l’opinion. Le point de convergence apparaîtra en dernière analyse entre. L’unité du dialogue est une unité morale et non pas une unité épistémologique en ce sens que les thèmes épis- témologiques sont commandés par les thèmes moraux et impliqués en eux.

La rhétorique, instrument de l’opinion. Il faut saisir ici l’intention profonde qui anime ce passage. Puisque le problème qui préoccupe Platon est celui d’un choix entre deux genres de vie, la vie du rhéteur et celle du philosophe, il convient d’abord d’examiner ce qui différencie la rhétorique de la philosophie. La préoccupation majeure de Socrate est de bien établir, dès le point de départ, cette différence.

Nous verrons, au cours de cette discussion entre Socrate et Gorgias, que la rhétorique ne peut s’arroger les droits de la philosophie. Rhétorique et philosophie s’opposent entre elles comme les disciplines non scientifiques s’opposent aux disciplines scientifiques. Tous les traits sous lesquels nous apparaît la rhétorique montrent qu’elle est un art d’opinion pisteutikè et non de savoir didaskalikè Pour bien comprendre l’intention de Socrate, il faut se reporter aux courants d’idées de l’époque.

Les milieux intellectuels du IVe siècle avaient tendance à penser que la rhétorique devait se substituer à la philosophie, lui attribuant le titre de science suprême. La rhétorique rend habile non seulement à parler, mais aussi à penser u.

Cette définition, un moment proposée par Socrate, est aussitôt acceptée par Gorgias. En effet, pour le rhéteur, rien ne saurait remplacer la rhétorique dans la formation de la jeunesse athénienne.

Non seulement la rhétorique lui procure une vaste culture, mais elle lui permet de se tracer un chemin dans les milieux politiques et d’accéder aux postes. Cette conviction est si ancrée chez Gorgias qu’il est prêt à donner comme objet de la rhétorique ce qui, aux yeux de Socrate, constitue l’objet propre de la philosophie, c’est-à-dire le juste et l’injuste La confusion devait être assez grande dans les esprits puisqu’un Isocrate va jusqu’à qualifier la philosophie, telle qu’elle est pratiquée par Platon, de discipline éristique et de pure gymnastique intellectuelle tandis qu’il donne le nom de philosophie à la rhétorique qu’il enseigne.

Le débat reste ouvert: La paideia grecque doit-elle se fonder en dernière analyse sur un art de parler ou sur un art de penser? Telle est la perspective fondamentale de toute cette discussion entre Socrate et Gorgias. Il s’agit donc pour Socrate de bien distinguer entre la philosophie qui est, à ses yeux, une discipline scientifique et la rhétorique qui est une discipline non scientifique.

Plusieurs traits sous lesquels se présente cet art de parler qu’est la rhétorique montrent qu’elle n’est pas une discipline scientifique. La rhétorique n’a pas d’objet propre ; tous les objets dont elle prétend se réclamer appartiennent à des techniques diverses: La méthode du discours long qu’elle utilise n’est pas une méthode scientifique, car celle-ci exige le discours bref Cette méthode du discours long permet sans doute à Polos de définir une chose par son accident, par une qualité qui lui appartient, mais non d’en révéler l’essence Même si l’on donne pour objet à la rhétorique le juste et l’injuste, la méthode de celle-ci est si peu scientifique qu’elle ne pourra fournir sur cet objet qu’une opinion mort?

Explication de texte : PLATON, Gorgias

S’il peut exister une opinion vraie et une opinion fausse. On doit donc distinguer deux sortes de persuasion: Or, la gogias appartient à la première forme de persuasion, car il est clair que l’orateur, dans le peu de temps dont il dispose, ne peut que suggérer une opinion Ainsi on aura beau vanter, à la suite de Gorgias, la puissance de la rhétorique ou même sa beauté avec Polos, on n’arrivera jamais à en démontrer le caractère scientifique D’ailleurs cette puissance de la rhétorique est pure apparence.

La rhétorique n’a pas besoin de connaître la réalité des choses, mais il lui suffit d’un certain procédé de persuasion pour paraître devant les ignorants plus savante que les savants Comment l’orateur qui ne sait pas serait-il plus persuasif que celui qui sait devant ceux qui savent?

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Ceci apparaît à Socrate comme absolument impossible.

Gorgias de Platon – Editions Flammarion

Le rhéteur n’est, en somme, qu’un ignorant qui parle à des ignorants. Ne connaissant pas la réalité des choses, mais seulement leur apparence, la rhétorique s’avère impuissante à rendre un homme juste et bon Tout au plus peut-elle faire qu’un homme paraisse juste et bon sans.

Cependant un problème se pose ici. Devrions- nous en conclure que Socrate n’a pas en vue la philosophie? Il ne semble pas. C’est une méthode familière au Socrate des dialogues de suggérer une idée plutôt que de la formuler clairement.

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Nous aurions ici un exemple de l’application de ce procédé littéraire. Ainsi pouvons- nous trouver dans ce passage des platno certains que les critiques de Socrate contre la rhétorique sont faites par référence à la philosophie qu’il ne nomme pas. On trouve, en effet, la mention de catégories qui, pour un lecteur habitué à Platon, constituent l’objet propre de la philosophie: Les distinctions soulignées entre le discours bref et le discours long, l’opinion et le savoir, la pisteutikè et la didaskalikè, les gens qui savent et ceux qui ne savent pas, sont autant d’indices qui nous renvoient implicitement à une notion de philosophie.

Par ailleurs, la suite du dialogue confirme ces indices. De même poaton Socrate s’était appliqué à déprécier la rhétorique au nom de la philosophie, Calliclès s’applique à déprécier la philosophie au nom de la rhétorique.

Le demi-monologue de Socrate, à la fin du dialogue, relève la critique de Calliclès lorsqu’il souligne l’existence de gorgoas méthodes pour la culture de l’âme et du corps 28la nécessité d’un authentique savoir chez l’homme politique s’il veut rendre meilleurs les citoyens 29la plston de celui qui expie sa faute sur celui qui échappe au châtiment 30supériorité qui lui sera accordée s’il refuse de faire appel à la rhétorique pour gorgkas donner l’apparence d’être juste.

Ajoutons enfin que Polos, Calliclès et Gorgias sont les personnages qui symbolisent la rhétorique tandis que Socrate représente la philosophie. Après avoir montré la différence entre la rhétorique et la philosophie, Socrate s’applique à montrer ce qu’est pour lui la rhétorique. C’est le sujet de la première partie de la discussion avec Polos. La rhétorique comme empirisme. La rhétorique n’est pas un art, mais une sorte gorrgias appliqué à produire une certaine sorte de plaisir et d’agrément Ces gorgiws termes définissent les disciplines non gorgia dans le Philèbe.

Si on écarte de tous les arts ce qu’ils contiennent de science du nombre, de la pensée et de la mesure, il ne reste presque plus rien. L’esprit ne peut alors qu’user de conjectures et ne s’appuyer que sur l’expérience et la routine Le Phèdre qui distingue entre la vraie et la fausse rhétorique définit cette dernière comme une routine dénuée d’art De même les Lois distinguent entre une rhétorique scientifique qui procède avec art et une rhétorique non scientifique dd procède sans art et qui n’est qu’un empirisme et une routine La rhétorique, telle qu’elle est pratiquée par Grorgias, plton en somme qu’une âme douée d’un peu d’imagination et de hardiesse, et apte au commerce des hommes.

Elle n’est rien de plus qu’une sorte de flatterie Socrate distingue ici les arts qui se rapportent à l’âme et ceux qui se rapportent au corps. Il groupe les premiers sous le nom générique de politique: Pour les seconds il ne donne aucun nom générique: Tous ces arts visent au bien du corps et de l’âme. Mais la flatterie s’aperçut de la chose et prit le masque de chacun des arts Paton la toilette et la cuisine essayèrent de prendre le masque de la gymnastique et de la médecine tandis que la sophistique et la rhétorique prirent celui de la législation et de la justice La rhétorique n’est que le simulacre d’une partie de la politique